Expliquer ce qu’est le respect d’autrui à nos chérubins

 

 Il n’y a pas de respect pour autrui lorsqu’intervient l’idée de récompense, car l’avantage que l’on y cherche ou la punition que l’on redoute deviennent bien plus importants que le sentiment du respect. Si nous n’avons pas de respect pour l’enfant, mais agissons sur lui par des promesses et des menaces, nous développons en lui à la fois le sens d’acquisition et la peur. Parce que nous avons été instruits nous-mêmes à agir en vue d’obtenir des résultats, nous ne voyons pas qu’il peut exister une action libre de tout désir d’acquisition.

Carte enfant3La récompense ou la punition pour une action quelle qu’elle soit, ne fait que renforcer l’égocentrisme. Agir pour le compte et dans l’intérêt d’autrui, au nom d’une patrie ou d’un Dieu, conduit à la peur, et la peur ne peut pas être à la base d’une action juste. Si nous voulons aider un enfant à avoir des égards pour les autres, nous ne devons pas le soudoyer en invoquant l’amour, mais lui expliquer ce qu’est le respect d’autrui, en y mettant la patience et le temps qu’il faut.

Un enseignement véritable encourage la réflexion personnelle et le respect d’autrui sans stimulants et sans menaces d’aucune sorte. Aussitôt que nous cessons de rechercher des résultats immédiats, nous commençons à voir combien il est important que l’éducateur et l’enfant soient tous deux affranchis de la peur des punitions et de l’espoir des récompenses, ainsi que de toute autre forme de contrainte. Mais la contrainte subsistera tant que l’autorité interviendra dans les relations mutuelles.

S’assujettir à l’autorité offre de nombreux avantages à ceux qui pensent en termes de profits et de mobiles personnels. Mais l’éducation basée sur l’avancement individuel et le bénéfice ne peut que construire une structure sociale de concurrence, d’antagonismes et de brutalité. C’est dans une société de cette sorte que nous avons été élevés, et notre état d’hostilité et de confusion est évident.

Nous avons appris à nous conformer à une autorité ou à un maître, à un livre ou à un parti, parce que cela nous est avantageux. Les spécialistes de toutes les différentes activités de la vie, depuis le prêtre jusqu’au bureaucrate, manipulent l’autorité et nous assujettissent. Les gouvernements ou les instructeurs qui emploient la contrainte ne peuvent pas obtenir, dans les relations humaines, la coopération nécessaire au bien-être de la société.

Si nous voulons que s’établissent des rapports de vérité entre les êtres humains, nous ne devons user ni de contrainte ni même de persuasion. Comment l’affection et une coopération sincère peuvent-elles exister entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent ? Mais en considérant sans passion cette question de l’autorité et ses nombreuses implications, en voyant que le seul désir de puissance est en soi destructif, il se produit une compréhension spontanée de tout le processus de l’autorité. Dès l’instant que nous écartons l’idée d’autorité, nous nous trouvons associés les uns aux autres, et alors la coopération et l’affection mutuelle deviennent possibles.

Le véritable problème de l’éducation, est l’éducateur. S’il use d’autorité comme moyen pour se dégager, pour se réaliser lui-même, si l’enseignement est pour lui une expansion personnelle, même un petite groupe d’élèves peut devenir l’instrument de son ambition. Mais un simple accord intellectuel, ou verbal, sur les effets paralysants de l’autorité, serait sot et vain : il nous faut avoir une vision profonde des motifs secrets de l’autorité et de la domination. Si nous voyons que l’intelligence ne peut jamais être éveillée par la contrainte, la conscience même de ce fait, réduira nos peurs en cendres, et nous commencerons alors à cultiver un milieu nouveau qui sera contraire à l’ordre social actuel et le transcendera considérablement.

Pour comprendre le sens de la vie, de ses conflits et de ses douleurs, il nous faut penser indépendamment de toute autorité, y compris celle des religions organisées. Mais si, dans notre désir d’aider l’enfant, nous plaçons devant lui des exemples impressionnants, nous n’éveillons en lui que la peur, l’imitation et différentes formes de superstitions.

Les personnes de tendance religieuse essayent d’imposer à leurs enfants les espoirs et les craintes qu’elles ont reçu de leurs propres parents ; et les personnes anti-religieuses sont également désireuses d’influencer leurs enfants et de leur faire accepter leur façon particulière de penser. Nous voulons tous que nos enfants adoptent notre forme de culte et qu’ils prennent à cœur les idéologies que nous avons choisies. Il est si facile de s’embourber dans des images et des formulaires, inventées par nous-mêmes ou par d’autres ! C’est pourquoi il est nécessaire d’être toujours attentif et en éveil.

Ce que nous appelons religion n’est que croyance organisée, avec accompagnement de dogmes, de rituels, de mystères et de superstitions. Chaque religion a ses livres sacrés, ses médiateurs, ses prêtres et ses façons de menacer et de dominer. Nous avons, pour la plupart, été conditionnés en fonction de tout cela, et c’est ce que l’on appelle une éducation religieuse. Mais ce conditionnement dresse l’homme contre l’homme, et engendre l’antagonisme, à la fois parmi les croyants et contre les autres appartenances. Bien que toutes les religions affirment qu’elles rendent un culte à Dieu et proclament que nous devons nous aimer les uns les autres, elles instillent la peur, en se servant de leurs doctrines basées sur la récompense et le châtiment. Et leurs dogmes rivaux perpétuent les suspicions et les luttes.

Dogmes, mystères, rituels : rien de tout cela ne conduit à une vie spirituelle. L’éducation religieuse, dans le vrai sens de ce mot, consiste à encourager l’individu à comprendre les rapports qu’il entretient avec ses semblables, avec les objets, avec la nature. Il n’y a pas d’existence sans relation, et sans la connaissance de soi toutes les relations, personnelles et collectives, sont des causes de conflits et de douleurs. Certes, il est impossible d’expliquer pleinement tout cela à l’enfant ; mais si l’éducateur et les parents saisissent profondément tout ce que comportent les relations humaines, ils pourront, par leur attitude, leur comportement et leur langage, faire comprendre à l’enfant, sans trop de mots et d’explications, ce qu’est une vie spirituelle.

bébé jouet

Notre soi-disant culture religieuse décourage l’interrogation et le doute, et pourtant ce n’est qu’en examinant le sens et la portée des valeurs que la société et la religion ont établies autour de nous, que nous commençons à découvrir le vrai. La fonction de l’éducateur est d’être profondément conscient de ses propres pensées et de ses sentiments ; il peut ainsi abandonner les valeurs qui lui ont donné la sécurité et le réconfort, et aider les autres à prendre conscience d’eux-mêmes-et à connaître leurs aspirations et leurs craintes.

C’est pendant la période de croissance qu’il faut veiller à empêcher les déformations. Et si nous, qui sommes plus âgés, avons assez d’entendement, nous pouvons aider les jeunes à s’affranchir des entraves que la société leur impose, ainsi que des obstacles qu’ils projettent au-devant d’eux-mêmes. Si les jeunes n’ont pas l’esprit et le cœur façonnés par des préconceptions religieuses et des préjugés, ils demeurent libres de découvrir, par la connaissance d’eux-mêmes, ce qui est au-dessus et au delà d’eux-mêmes.

La vraie religion n’est pas un ensemble de croyances et de rituels, d’espérances et de craintes. Et si nous permettons à l’enfant de grandir sans ces influences gênantes, alors, peut-être, en mûrissant, commencera-t-il à s’enquérir de la nature de la réalité, de Dieu. Voilà pourquoi, en élevant l’enfant, il est nécessaire d’avoir une grande pénétration d’esprit.

La plupart des personnes qui ont une tendance à être religieuses, qui parlent de Dieu et de l’immortalité, ne croient pas profondément à la liberté individuelle et à l’intégration. La vraie religion est pourtant la culture de la liberté dans la recherche de la vérité. Il ne peut pas y avoir de compromis avec la liberté. Pour l’individu, une liberté partielle n’est pas une liberté du tout. Un conditionnement, de quelque sorte qu’il soit, politique ou religieux n’est pas la liberté et n’apportera jamais la paix.

La vraie religion n’est pas une forme de conditionnement. C’est un état de tranquillité en lequel est la réalité, Dieu. Mais cet état créatif ne peut entrer en existence que lorsqu’il y a connaissance de soi et liberté. La liberté engendre la vertu, et sans vertu il n’y a pas de tranquillité. L’esprit immobile n’est pas un esprit conditionné, il n’est pas discipliné ou entraîné à être immobile. L’immobilité ne survient que lorsque l’esprit comprend son propre processus, qui est le processus du moi.

Les religions organisées sont les pensées congelées des hommes, avec lesquelles ils construisent des temples et des églises. Elles sont devenues la consolation des timorés et l’opium de ceux qui sont dans la détresse. Mais Dieu, mais la vérité, est bien au delà de la pensée et des sollicitations émotionnelles. Les parents et les éducateurs qui découvrent et réalisent le processus psychologique de la peur et de la souffrance, devraient pouvoir aider les jeunes à observer et à comprendre leurs propres conflits et leurs épreuves.

Si nous, qui sommes plus âgés, pouvions aider les enfants, au fur et à mesure qu’ils grandissent, à penser clairement et sans passion, à aimer et à ne pas provoquer d’animosité, qu’y aurait-il de plus à faire ? Mais si nous nous sautons constamment à la gorge, si nous sommes incapables d’instaurer l’ordre et la paix dans le monde en nous changeant nous-mêmes profondément, de quelle valeur sont les livres sacrés et les mythes des diverses religions ?

La véritable éducation religieuse consiste à aider l’enfant à prendre intelligemment conscience de lui-même, à discerner sans le secours d’autrui le transitoire du réel, et à aborder la vie avec désintéressement. Et n’y aurait-il pas plus de sens à commencer la journée, à la maison ou à l’école, avec une pensée sérieuse ou une lecture ayant une profondeur et un intérêt réels, plutôt que de marmonner des mots ou des phrases si souvent répétés ?

Les générations passées, avec leurs ambitions, leurs traditions et leurs idéologies, ont amené la misère et la destruction au monde. Peut-être la génération qui vient, grâce à une éducation adéquate, pourra-t-elle mettre fin à ce chaos et construire un ordre social plus harmonieux. Souhaitons que les jeunes aient un réel désir de connaître ; qu’ils cherchent constamment la vérité au sujet de chaque chose, de la politique, de la religion, de ce qui est personnel et de ce qui relève du milieu ; et alors la jeunesse aura un grand rôle à jouer et l’on pourra s’orienter vers un monde meilleur.

La plupart des enfants sont curieux de nature ; ils veulent savoir ; mais leurs questions pressantes sont étouffées par nos assertions pompeuses, notre impatiente supériorité, notre façon négligente de faire taire leur curiosité. Nous n’encourageons pas leur désir de nous interroger, souvent nous redoutons leurs questions ; nous n’alimentons pas leur inquiétude, car nous avons nous-mêmes cessé d’explorer. La plupart des parents et des éducateurs redoutent le mécontentement des jeunes ; il jette le trouble là où était la sécurité. On encourage par conséquent les jeunes à réprimer cette tendance, grâce à un emploi sûr, un héritage, un mariage et la consolation d’un dogme religieux. Les aînés, ne connaissant que trop bien les différentes façons d’émousser l’esprit et le cœur, s’emploient à rendre leurs enfants aussi inertes qu’ils le sont eux-mêmes, en leur imposant les autorités, les traditions et les croyances qu’eux-mêmes ont acceptées.

Ce n’est qu’en encourageant l’enfant à mettre en question tout ce qu’on lui donne à lire, à s’interroger sur la portée réelle des valeurs établies, des traditions, des formes de gouvernement, des croyances religieuses, etc., que l’éducateur et les parents pourront espérer éveiller et entretenir son sens critique et l’acuité de sa pénétration.

Les jeunes, pour peu qu’ils soient vivants, sont pleins d’espoir et de mécontentement ; et ils doivent l’être, sans quoi ils seraient déjà vieux et morts. Et les vieux sont les révoltés du passé mais qui étouffèrent avec succès cette flamme en trouvant la sécurité et le confort d’une façon ou d’une autre, lis sont avides d’une permanence pour eux-mêmes et pour leur famille, ils désirent ardemment trouver une certitude dans quelque idéal, dans leurs relations, dans leurs possessions ; et dès l’instant, alors, qu’ils ressentent ce mécontentement intérieur, ils s’absorbent dans leurs responsabilités, dans leurs occupations, ou dans n’importe quoi, en vue d’échapper à ce trouble si gênant.

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C’est le temps de la jeunesse qui est celui du mécontentement ; celui où nous ne sommes satisfaits ni de nous-mêmes ni du monde qui nous entoure. Nous devrions apprendre à penser clairement et sans détours, de façon à n’être, intérieurement, ni soumis ni craintifs. L’indépendance n’est pas pour cette section colorée de la mappemonde que nous appelons notre pays, mais pour nous-mêmes en tant qu’individus ; et, bien que nous soyons extérieurement dépendants les uns des autres, cette mutuelle dépendance ne devient pas cruelle et oppressive si nous sommes, intérieurement, affranchis du désir d’acquérir du pouvoir, de l’autorité, une situation.

Il nous faut comprendre le vrai mécontentement, que la plupart d’entre nous redoutent. Ce mécontentement pourrait causer un apparent désordre. Mais s’il conduit, ainsi qu’il devrait le faire, à la connaissance de soi et à l’abnégation, il est susceptible de créer un nouvel ordre social et une paix durable. Avec l’abnégation survient une joie immense.

Le mécontentement est la voie de la liberté ; mais afin de pouvoir enquêter sans détours sur la vérité, l’on doit éliminer toutes ces diversions émotionnelles qui si souvent prennent la forme de réunions politiques, de slogans, de cris répétés, de recherches de gourous, de soumissions à des guides spirituels, d’orgies religieuses de toutes sortes. Ces évasions émoussent l’esprit et le cœur. Elles nous retirent tout discernement, de sorte que nous nous laissons aisément façonner par les circonstances et par la peur. C’est l’ardente investigation et non l’imitation facile de la multitude qui engendrera une nouvelle compréhension de la vie.

Les jeunes se laissent entraîner si vite par le prêtre ou le politicien, par le riche ou le pauvre, à penser d’une certaine façon ! Mais un enseignement approprié devrait les aider à se méfier de ces influences et à éviter de répéter des mots d’ordre à la façon de perroquets ou de tomber dans les pièges de l’avidité, fût-elle la leur ou celle d’autrui. Ils ne doivent pas permettre à l’autorité de paralyser leurs esprits et leurs cœurs. Se mettre à la remorque d’une personnalité, quelque forte qu’elle soit, ou se laisser attirer par une idéologie, ce ne sont pas là les moyens de créer un monde paisible.

Lorsque nous quittons le collège ou l’université, nous mettons en général nos livres de côté et pensons en avoir fini avec l’instruction. Certains, au contraire, se sentant stimulés et désirant agrandir le champ de leur pensée, continuent à lire et à absorber ce que d’autres ont dit et s’adonnent à la connaissance. Tant que nous rendrons un culte à la connaissance et à la technique comme moyens de parvenir au succès ou à la domination, nous vivrons au milieu de cruelles concurrences, d’antagonismes et de luttes incessantes pour le pain quotidien.

Tant que nous prendrons le succès pour but, nous ne serons pas affranchis de la peur, car le désir de réussir engendre inévitablement la crainte d’échouer. Voilà pourquoi l’on ne devrait pas enseigner aux jeunes le culte du succès. La plupart des personnes recherchent le succès sous une forme ou une autre, que ce soit sur un court de tennis, dans le monde des affaires, ou en politique. Nous voulons tous être parmi les premiers, et ce désir ne cesse d’engendrer des conflits en nous-mêmes, ainsi qu’entre nous et nos voisins. Il mène à la compétition, à l’envie, à l’animosité et finalement à la guerre.

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Tout comme les anciennes générations, les jeunes recherchent le succès et la sécurité. Encore qu’ils puissent commencer par éprouver un certain mécontentement, ils deviennent bientôt respectables et ont peur de dire non à la société. Les murailles de leurs propres désirs se referment graduellement sur eux et ils se mettent alors au pas et prennent en main les rênes de l’autorité. Leur mécontentement, qui était la flamme même de l’esprit de recherche et de la compréhension, s’éteint et meurt, et, à sa place, s’installe le désir d’une bonne situation, d’un riche mariage, d’une carrière brillante, bref, la soif d’une sécurité de plus en plus certaine.

Il n’y a pas de différence essentielle entre les vieux et les jeunes. Les uns, comme les autres, sont esclaves de leurs désirs et de leurs jouissances. La maturité n’est pas une question d’âge : elle vient avec la compréhension. L’ardent esprit de recherche est peut-être plus accessible aux jeunes, car les vieux ont souvent été malmenés par la vie : les conflits les ont usés et la mort, sous différentes formes, les attend. Cela ne veut pas dire qu’ils soient incapables de mener à fond une recherche, mais que cela leur est plus difficile.

Extrait des propos des livres de krishnamurti

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site de Francesca : https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/

 

2 commentaires sur “Expliquer ce qu’est le respect d’autrui à nos chérubins

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