L’enfant est le résultat à la fois du passé et du présent

 

EcritToute méthode qui classifie les enfants selon leurs tempéraments et leurs aptitudes ne fait que mettre en relief leurs différences et, de ce fait, engendre les antagonismes et encourage les divisions dans la société. Elle ne contribue donc pas à développer des êtres humains intégrés. Il est évident qu’aucune méthode et qu’aucun système ne peuvent servir de base à l’éducation dont je parle. La mise en application d’une méthode est l’indice d’une paresse d’esprit chez l’éducateur. Tant que l’éducation s’appuie sur des principes nettement établis, elle peut confectionner des hommes et des femmes très habiles, mais ne peut pas produire des êtres humains créatifs.

Seul l’amour peut engendrer la compréhension d’autrui. Où est l’amour, il y a communion instantanée avec l’autre, au même niveau et en même temps. C’est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s’emparer de l’éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les États et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l’éducation.

La vie ne se laisse pas conformer à un système ; on ne peut pas l’enfermer dans un cadre, quelque noble qu’il soit. Et un esprit qui n’a été entraîné qu’à la connaissance des faits est incapable d’aborder la vie avec toutes ses diversités, ses subtilités, ses profondeurs et ses altitudes. Lorsque nous instruisons nos enfants selon un système de pensée ou en appliquant une discipline définie, lorsque nous leur apprenons à penser dans des cadres compartimentés, nous les empêchons de devenir des hommes et des femmes intégrés, et par conséquent ils sont incapables de penser intelligemment, c’est-à-dire d’aborder la vie dans son unité.

Or la plus haute fonction de l’éducation est précisément de créer des individus intégrés, capables de considérer la vie dans son ensemble. L’idéaliste, tout comme le spécialiste, ne s’occupe pas de la totalité mais d’une partie seulement. Il ne peut pas y avoir d’intégration tant que l’on s’efforce d’agir conformément à un idéal. Et la plupart des éducateurs qui sont des idéalistes ont négligé l’amour. Leurs esprits et leurs coeurs sont secs. Pour étudier un enfant l’éducateur doit être sur le qui-vive, en état d’observation, et en même temps être lucide quant à son propre processus, ce qui exige bien plus d’affection et d’intelligence que d’inciter l’enfant à suivre un idéal.

 Une autre fonction de l’éducation est de créer de nouvelles valeurs. Se borner à inculquer à l’esprit de l’enfant des valeurs établies c’est le conformer à un idéal, le conditionner, sans éveiller son intelligence. L’éducation est intimement reliée à la crise mondiale actuelle et l’éducateur qui perçoit les causes de cet universel chaos devrait se demander comment éveiller l’intelligence des jeunes et aider ainsi la nouvelle génération à circonscrire les conflits et les désastres. Il doit accorder toute sa pensée, tout son soin et son affection à la création d’un milieu adéquat et au développement de la compréhension, de sorte qu’en atteignant leur maturité les individus puissent aborder avec intelligence les problèmes qui surgiront devant eux. Mais, en vue de cette action, l’éducateur doit se comprendre lui-même au lieu de s’appuyer sur des idéologies, des systèmes, des croyances.

enfant en herbe

Cessons de penser en termes de principes et d’idéals.

 Occupons-nous des choses telles qu’elles sont. Car c’est cette considération de « ce qui est » qui éveille l’intelligence ; et l’intelligence de l’éducateur est bien plus importante que sa connaissance d’une nouvelle méthode d’éducation. Pour celui qui applique une méthode, même si celle-ci a été mise au point par une personne intelligente et réfléchie, c’est la méthode qui devient importante et l’enfant ne compte que par rapport à elle. On mesure et on classifie les enfants et ensuite on les instruit selon un code. Ce procédé peut être commode pour l’éducateur, mais ni l’application d’un système ni la tyrannie de l’opinion et de l’érudition ne peuvent créer des êtres humains intégrés.

L’éducation dans le vrai sens de ce mot consiste à comprendre l’enfant tel qu’il est, sans lui imposer l’image de ce que nous pensons qu’il devrait être. L’enfermer dans le cadre d’un idéal c’est l’encourager à s’y conformer, ce qui engendre en lui la peur en même temps qu’un perpétuel conflit entre ce qu’il est et ce qu’il devrait être. Et tous les conflits intérieurs ont une manifestation extérieure, dans la société. Tout idéal est une véritable barrière à la compréhension que nous pouvons avoir de l’enfant et à celle qu’il peut avoir de lui-même.

Les parents qui désirent réellement comprendre leur enfant ne le regardent pas à travers l’écran d’un idéal. S’ils l’aiment, ils l’observent, ils étudient ses tendances, son caractère, ses particularités. Seuls les parents qui n’aiment pas leur enfant lui imposent un idéal, car c’est alors leur ambition qu’ils s’efforcent de satisfaire en lui, voulant qu’il devienne ceci ou cela. Si l’on aime, non pas l’idéal, mais l’enfant, il y a alors une possibilité de l’aider à se comprendre tel qu’il est.

Si l’enfant est menteur, par exemple, à quoi bon mettre devant lui l’idéal de vérité ? Mais l’on doit découvrir les raisons pour lesquelles il ment. Pour aider l’enfant, on doit lui consacrer le temps qu’il faut pour l’étudier et l’observer. Et cela demande de la patience, de l’amour, de la constance. Mais lorsque l’on n’a ni amour ni compréhension, on contraint l’enfant à se fixer dans une certaine façon d’agir, que nous appelons idéal.

Un idéal est donc une évasion commode : l’éducateur qui a un idéal est incapable de comprendre ses élèves et de les diriger intelligemment, car, pour lui, le futur idéal, « ce qui devrait être », est bien plus important que l’enfant présent. La poursuite d’un idéal exclut l’amour, et sans amour aucun problème humain ne peut être résolu.

Le bon éducateur est celui qui ne s’attache pas à une méthode mais qui étudie chaque élève individuellement. Dans nos rapports avec les enfants et les adolescents nous n’avons pas affaire à des mécaniques qui peuvent être rapidement réparées, mais à des êtres vivants impressionnables, versatiles, sensitifs, craintifs, affectueux. Et pour nous en occuper, il nous faut posséder une grande compréhension, la force de la patience et de l’amour. Lorsque celles-ci nous font défaut, nous avons recours à des remèdes faciles et rapides et espérons en obtenir des résultats merveilleux et automatiques. Si nous sommes distraits, mécanisés dans notre comportement et dans nos actions, nous reculons devant tout appel qui nous dérange et auquel nous ne pouvons pas répondre par des automatismes. Et c’est là une de nos plus grandes difficultés en éducation.

L’enfant est le résultat à la fois du passé et du présent.

Il est donc déjà conditionné. Si nous lui transmettons notre arrière-plan de conditionnement, nous perpétuons en même temps son conditionnement et le nôtre. Il ne peut y avoir de transformation radicale que lorsque nous comprenons notre conditionnement et en sommes libres. Entreprendre des discussions sur l’éducation cependant que nous sommes conditionnés nous-mêmes est tout à fait futile.

Lorsque les enfants sont jeunes, nous devons naturellement les protéger des dangers matériels et éviter qu’ils se sentent physiquement dans un état d’insécurité. Mais, malheureusement, nous ne nous en tenons pas là. Nous voulons modeler leur façon de penser et de sentir, nous voulons les former selon nos aspirations et nos intentions. Nous cherchons à nous accomplir en nos enfants, à nous perpétuer à travers eux. Nous construisons des murs autour d’eux, nous les conditionnons par nos croyances, nos idéologies, nos craintes et nos espoirs. Et ensuite nous pleurons et prions lorsqu’ils sont tués ou mutilés dans des guerres, ou lorsque les expériences de la vie les font souffrir.

Ces expériences de la vie, qui feront souffrir nos enfants mal préparés à les recevoir, ne leur apprendront pas la liberté, mais au contraire renforceront leur volonté égocentrique. Le moi est fait d’une série de réactions défensives et expansives et son épanouissement est toujours contenu dans ses propres projections et dans les identifications qui lui sont agréables. Tant que nous traduisons l’expérience en termes égocentriques, en « moi » et « mien », tant que le moi, l’ego, se maintient à travers ses réactions, l’expérience ne peut pas être libre de conflits, de confusion, de douleur. La liberté ne survient que lorsque l’on comprend le processus du moi, du sujet qui subit l’expérience. Ce n’est que lorsque le moi, avec ses réactions accumulées, n’est plus le sujet qui subit l’expérience, que l’expérience assume une signification entièrement différente et devient création.

apprendre

Si nous voulons aider l’enfant à se libérer des façons d’être du moi, qui causent tant de souffrance, chacun de nous doit commencer par modifier profondément son attitude et ses rapports avec l’enfant. Les parents et les éducateurs, par leur pensée et leur comportement, peuvent aider l’enfant à se libérer et à s’épanouir en amour et en humanité.

L’éducation, telle qu’on la pratique actuellement, n’encourage en aucune façon la compréhension des tendances héréditaires et des influences du milieu qui conditionnent le cœur et l’esprit, et entretiennent la peur. Par conséquent elle ne nous aide pas à transpercer ces conditionnements et à faire éclore des êtres humains intégrés. Toute forme d’éducation qui s’applique à une partie de l’homme et non pas à l’homme total, mène inévitablement à de nouveaux conflits et à des souffrances plus grandes.

petitesCe n’est que dans la liberté individuelle que l’amour et l’humain peuvent fleurir ; et seule une éducation basée sur la connaissance de soi peut offrir cette liberté. Ni la parfaite adaptation à la société actuelle, ni la promesse d’une utopie future ne peuvent donner à l’individu la vision intérieure qui lui est nécessaire pour sortir de l’état de conflit.

Le bon éducateur, sachant ce qu’est la liberté intérieure, aide chaque élève individuellement à observer et à comprendre les valeurs et les contraintes sociales qu’il projette ; il l’aide à prendre conscience des influences extérieures qui le conditionnent et qui agissent sur lui ; il l’aide à voir que ses propres désirs contribuent à limiter son esprit et à engendrer la peur ; il l’aide, au fur et à mesure de son développement, à s’examiner et à se percevoir dans ses rapports avec toute chose ; car c’est l’aspiration à une réalisation personnelle qui suscite les conflits et les souffrances.

Extrait des propos des livres de krishnamurti

#devantsoi   #francescasalaun   #divinations938228816   #chemininterieur

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Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site de Francesca : https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/

 

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