Le Berceau psychique de nos Enfants

 

 

L’enfant naît avec un berceau psychique et culturel, il engage alors des interactions comportementales, affectives et fantasmatiques avec sa mère, avec son père, avec ses frères et sœurs et progressivement avec le monde. Grandir est un mouvement complexe qui présuppose que se fasse simultanément l’inscription dans sa propre filiation et dans ses affiliations ici, plurielles et métissées. C’est ce processus qui est complexifié en situation migratoire et dont on va suivre le destin à travers le corps des enfants et l’expression de leur souffrance soit sous forme d’inhibition ou d’hyperactivité. Partons pour cela, de l’importance de notre manière de penser les enfants et de la pluralité de ces pensées.

enfantComment se fabrique un enfant  

La manière dont on pense la nature de l’enfant, ses besoins, ses attentes, ses maladies, les modalités d’éducation et de soins, est largement déterminée par la société à laquelle on appartient. Devereux (1968) a largement contribué à établir ce fait. Son travail se nourrit des travaux d’anthropologues et de cliniciens ayant travaillé dans les sociétés dites “ traditionnelles ” et qui sont aujourd’hui dans une situation de changement accéléré. De plus, Devereux a longtemps été influencé par le culturalisme américain dont Mead (1930) est une des représentantes. Il est le premier à avoir proposé une formalisation argumentée pour articuler de manière claire et précise, d’une part, les représentations de la nature de l’enfant et, d’autre part, leur manière de grandir, d’être éduqués et d’être enseignés, d’être malades et d’être soignés… Et ce, que la maladie soit somatique ou psychique car, dans les sociétés traditionnelles, le corps et la psyché sont intimement liés de même que l’individu est intimement lié à son groupe d’appartenance.

Penser l’enfant et l’investir avant que de le percevoir

En 1968, Devereux faisait une conférence remarquée où il démontrait l’impact de notre pensée culturelle de l’enfant sur nos manières d’être et de faire avec lui. L’objectif de ce texte princeps était de dégager l’influence sur la pensée psychologique de la conception culturelle et psychologique que deux sociétés traditionnelles se font de l’enfant : les Sedang du Sud-Vietnam et des Mohave des Etats-Unis. Plus précisément, il démontrait, à travers ces deux exemples, que la façon dont les adultes voient l’enfant c’est-à-dire : “(…) les idées qu’ils ont de la nature et du psychisme de l’enfant, déterminent leur comportement vis-à-vis de l’enfant et, ce faisant, influence son développement.” (Ibid, p.110).

Ainsi, Devereux démontre que l’image que la société a de l’enfant et l’expérience vécue qu’elle détermine influencent la pensée psychologique générale des membres de la société, de même qu’elles jouent sur les modalités de développement et de soins de l’enfant. Ceci s’applique aussi aux sociétés non-occidentales et donc à notre propre société où les représentations collectives influent largement sur l’éducation, la puériculture, l’enseignement, la prise en charge médicale et sociale de l’enfant et même le discours des médias comme le démontre cette vignette clinique.

garçon qui boude

Je reçois Gustave, 8 ans, et ses parents. Les parents de Gustave sont enseignants tous les deux et viennent me consulter à la suite d’une émission de télévision qui disait la nécessité de donner des médicaments à des enfants hyperactifs. Gustave est amené en consultation car il a du mal à se concentrer en classe, il est toujours bon élève mais ses parents avertis ont peur qu’il ne réussisse pas à maintenir ses résultats car il est décrit par la maîtresse comme turbulent et agité dans la classe. A la maison, il passe d’une activité à une autre et sollicite beaucoup ses parents très inquiets de sa réussite scolaire et de son éveil cognitif. A la consultation aussi, il bouge beaucoup me demandant sans cesse d’autres jeux, d’autres livres, d’autres crayons passant d’une activité à l’autre sans cesse. Lorsque je m’assois prés de lui et lui demande pourquoi il vient me voir, il me répond sans ambages « Je suis un petit tyran… »

Et comme je lui réponds et pourquoi l’es tu devenu, il précise « Je suis seul et je m’ennuie tout le temps… » Je lui dis « Tu es triste ? » Il me répond devant ses parents étonnés « Comment tu l’as deviné ? Je le cache pour que ma mère ne le voit pas ! » Et il s’assoit tout prés de moi et me propose de jouer à une bataille navale, celle des enfants précise t-il, pas celle des adultes… A la fin de la consultation, il dira tranquillement « Je veux revenir jouer avec toi ». Cet enfant traduit dans son corps sa solitude, son manque d’autres enfants, sa tristesse, les attentes de ses parents qui concernent toujours l’éducatif et la scolarité et son besoin d’imagination et de jeu, tout simplement. Le corps de l’enfant est à l’intersection de son fonctionnement psychique et des attentes des parents et de la société.

Le système de représentation de l’enfant s’inscrit dans l’ensemble des représentations qui assurent la cohérence du groupe. Que se passe-t-il alors dans la migration ?

Quelques données de recherche  –  De la maison à l’école

Pour les enfants d’âge scolaire, ce n’est que depuis une époque récente que de grandes études épidémiologiques sur l’enfant de migrants ont été entreprises. Les données chiffrées sont souvent difficiles à comparer car d’un auteur à l’autre, les catégories utilisées diffèrent (ethnie, nationalité des parents ou des enfants, inclusion ou non des DOM-TOM…).

En France, les principales études  aboutissent à des constatations convergentes : un taux d’hospitalisation significativement plus élevé que celui des enfants autochtones quel que soit le motif ; davantage de difficultés scolaires pour les enfants de migrants que pour les autres : des difficultés au niveau des apprentissages préscolaires et une pauvreté du langage — le retard de langage varie entre trois mois et un an par rapport aux enfants français à l’entrée à la maternelle et surtout, ce retard s’accentue avec l’âge. On estime à presque 50% le nombre de jeunes migrants de la « deuxième génération » qui sortent de l’école à seize ans sans avoir acquis la lecture et l’écriture.

jeunesse 1

Mais quel est le rôle du niveau social défavorisé de ces familles migrantes dans la genèse des perturbations ? De multiples travaux ont établi des liens entre un niveau intellectuel médiocre mesuré par les tests, l’échec scolaire et le bas niveau social de la famille. Se pose alors l’hypothèse d’un lien entre ces deux facteurs appartenant au milieu : niveau social défavorisé et situation transculturelle. Dans l’état actuel de nos connaissances, ces deux variables se potentialisent sans que l’une soit réductible à l’autre.

Pour préciser les difficultés des enfants de migrants quels qu’en soient les déterminants, nous avons mené une série de recherches (Moro, 1998, 2007). Elles ont montré les aléas de la structuration cognitivo-intellectuelle et affective de l’enfant en situation transculturelle.

Pour ce qui concerne l’étude menée avec un échantillon de quarante cinq enfants appartenant à deux groupes, un groupe d’enfants autochtones, un groupe d’enfants de migrants, il n’y avait pas de différence significative quant au niveau socio-économique des deux groupes. A huit ans, on retrouvait : un niveau intellectuel global des enfants de migrants plus bas que celui des autochtones ; une moins bonne réussite à certaines épreuves de langage ; une moins bonne réussite à l’épreuve de structuration intellectuelle non-verbale avec des difficultés logiques pour percevoir et différencier les contenants des contenus, à percevoir les formes, à intégrer la symétrie, à intégrer les différences et les similitudes formelles.

Cette étude montrait que l’évolution des deux groupes de la cohorte était différente : à l’âge de huit ans, les enfants de migrants avaient plus de troubles psychopathologiques, plus de difficultés intellectuelles et cognitives et enfin, plus de difficultés scolaires que les autochtones. A l’intérieur même du groupe d’enfants indemnes de toute pathologie, les différences subsistaient en ce qui concerne l’évaluation intellectuelle, langagière et scolaire. Ainsi, pour notre population, la structuration tant affective qu’intellectuelle était compromise en situation transculturelle.

Ces études ont établit des liens entre « la vulnérabilité psychologique » et le fait d’être « enfants de migrants ». Mais la nature des liens et les mécanismes d’une éventuelle causalité restaient à établir — qui dit lien ne dit pas forcément causalité! A partir de ces études et de la pratique, on peut proposer plusieurs mécanismes pour rendre compte de ces faits.

Source : https://www.transculturel.eu/marierosemoro/

Francesca – Alias Françoise Salaün du Forum LA VIE DEVANT SOI http://devantsoi.forumgratuit.org/

 

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