La transmission de la mémoire

 

Durant des millénaires, la transmission du savoir, des traditions, des us et coutumes de la vie en société se faisait oralement. L’écriture n’apparut que tardivement avec trois types d’écriture : l’écriture chinoise, l’écriture cunéiforme et l’écriture hiéroglyphique. Au départ, ces écritures idéographiques (un objet, une idée, un dessin sur la pierre ou l’argile = un signe) ont évolué :  » tel qu’il apparaît sur la stèle de Mesa qui date de 900 av. J-C, l’alphabet phénicien est considéré par certains comme une déformation de l’écriture hiéroglyphique « .

Jusqu’à une époque récente (début du 20ème siècle), la maîtrise de l’écriture fut réservée à une élite sociale très minoritaire qui détenait le pouvoir politique et religieux. En Occident, pendant le moyen âge (de 500 à 1500), l’écrit est pratiqué par des clercs qui étudient dans les abbayes et les écoles cathédrales. A la charnière du 15ème et du 16ème siècle, Erasme de Rotterdam et Martin Luther furent encore des clercs formés par l’Eglise. Erasme écrivait en latin tandis que Luther traduisait la Bible en allemand. C’est l’émergence des langues vulgaires (étymologiquement, langues du peuple).

Back to school. Two vintage backpacks full of school supplies fo

Ce préambule vise simplement à démontrer l’importance de la tradition orale qui se transmettait de génération en génération. A l’école primaire et secondaire, la pédagogie contemporaine a négligé cet apprentissage de textes mémorisés. Le  » par coeur  » a toujours mauvaise réputation. On lui préfère le raisonnement, l’esprit logique. Comment raisonner sans avoir accumulé des

connaissances en les mémorisant ? Sous le régime colonial, les Sages de l’Afrique noire affirmaient avec une pointe d’humour que les Blancs étaient ignorants sans leurs livres.

Les historiens professionnels ont longtemps considéré le folklore et la tradition orale comme des disciplines mineures. Depuis quelques décennies, la plupart d’entre eux ont compris l’importance de la mémoire orale. On interroge les Anciens, on enregistre leurs récits, leurs chansons, on confronte leurs témoignages aux documents écrits. Comme l’écrit l’historien René Leboutte :  » L’histoire orale mène à une interrogation sur les relations fondamentales entre histoire et communauté… L’histoire orale est une histoire qui se raconte avec les gens !

Depuis 2009, des seniors de l’entité de Péruwelz se réunissent un mardi après- midi par mois dans le hall d’entrée de l’Arrêt 59 Foyer cultu­rel de Péruwelz. Leur challenge ? Transmettre la mémoire de leur entité, intégrer leurs « petites histoires

Rémouleur, batteur de matelas, douanier, voilà des métiers qui peu à peu ont disparu de la cir­culation. Dans ce court-métrage de 26 minutes, réalisé par Anna Lawan, on (re)découvre ces métiers d’autrefois. Le film fait découvrir le mot à des enfants qui imaginent alors qu’un batteur de matelas devait faire cela pour son loisir par exemple.

Plusieurs passeurs de mémoire ont aidé à la réa­lisation. C’est grâce à eux que l’on apprend qu’il fallait travailler la laine, la battre et quelquefois la remplacer avant de recoudre le matelas. Un travail fastidieux qui s’effectuait souvent à l’exté­rieur et qui était loin d’être une source de plaisir.

Roucourt, Wiers, Braffe, en passant par Bon- Secours, c’est en tout dans neuf villages que le film a été diffusé en plus de Péruwelz. Les réac­tions étaient vives, même pendant la projection. « Ah oui, je me rappelle de ce métier ! » « Ah, moi je n’en avais jamais entendu parler. » À la fin, un débriefing était organisé. La mémoire appelant la mémoire, les discussions s’étoffaient et tout le monde avait soif de partager.

La société de consommation, les évolutions tech­nologiques, la politique sont des raisons  pour lesquelles les métiers ont parfois changé. On ne remoule plus, mais on achète de nouveaux couteaux. On achète de nouveaux matelas éga­lement. Les politiques européennes ont laissé tomber les frontières. Toutes ces évolutions ont eu leurs avantages comme leurs inconvénients. D’après les anciens, ces changements ont dimi­nué les relations humaines.

Si certains métiers ont disparu, d’autres sont revenus, comme barbier. La mode est un cycle, et aujourd‘hui, aller chez le barbier n’est pas une habitude désuète. Lorsqu’on demande à Germain Huon, un barbier et coiffeur qui inter­vient dans le reportage, qu’est-ce qu’un coiffeur correct, il répond avec le sourire : « c’est un hy­pocrite ! »

Quels sont les métiers qui auront disparu dans 50 ans ? Voilà la question qu’on a posée à des en­fants, réponse : banquier, conducteur de train… Ce film et la discussion à propos des anciens métiers permettent de prendre du recul, de constater que la vie d’avant n’était pas si facile. Conserver la mémoire permet de voir le vécu. Les anciennes générations peuvent alors donner des conseils sur le développement de la société.

La transmission est un pont entre les générations qui agit dans les deux sens. Les aînés et les jeunes ont des histoires et des expériences à partager. Vous vous demandez : que transmettre ?

Des valeurs, des sentiments, des passions, ses origines ou sa culture, des conseils, des savoirs, des technologies ou tout simplement une expérience… Bref, un petit bout de son histoire.

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