Pour les générations futures

 

La relation au temps est un élément majeur de structuration d’une société. Elle semble si naturelle, le consensus à son sujet est tel, l’empreinte culturelle si forte, que l’on ne l’explore que rarement en profondeur. Pourtant, l’histoire de la perception que les différentes sociétés se font du temps est étonnante.

Le temps peut ainsi être conçu comme cyclique ou linéaire, l’attention tournée vers le passé ou vers un événement futur apocalyptique… Dans le domaine de la responsabilité morale, qui sera l’objet d’étude de cet article, une révolution est en marche. La référence aux ancêtres, aux pères, aux anciens, était traditionnellement la source indiscutable de la sagesse. Il s’agissait de s’en inspirer, de les égaler au moins, de les dépasser peut-être.

Sous le coup des atrocités du vingtième siècle, et des modifications sociologiques profondes portées par la modernité (et la post-modernité), cette référence consensuelle se désagrège. Une nouvelle norme prend sa place : le souci pour les générations futures est en train de naître. La préoccupation pour sa propre descendance n’est pas récente, mais l’intérêt pour des êtres appelés à venir au monde dans plusieurs décennies, hors de tout lien de parenté, est d’une nouveauté stupéfiante et pour le moins paradoxale : pourquoi aurions-nous des devoirs envers de tels êtres virtuels ?

Ce bouleversement du champ de la responsabilité a conduit de nombreux philosophes à proposer de nouvelles théories éthiques, répondant de manière plus ou moins cohérente et originale à la question précédente.

Nous avons besoin de l’avenir

enfant yeuxQui n’a pas ressenti un léger frisson d’angoisse en apprenant que dans six milliards d’années, la Terre disparaîtra avec l’expansion du Soleil ? Qui ne se sentirait pas soulagé à la pensée que des avancées techniques  permettraient de réduire la période de dangerosité des déchets nucléaires de quelques centaines à quelques dizaines de milliers d’années ?

Ces exemples mettent à jour une disposition psychologique largement partagée : la perspective d’une continuité sociale minimale est nécessaire à notre bien-être. Les ressources environnementales jouent un rôle essentiel moins pour l’homme en général que pour l’homme contemporain. Ainsi, si nous acceptions que nos descendants s’éclairent avec des bougies, nos perspectives énergétiques seraient moins compliquées. Il semble en fait impossible de contempler de manière détachée l’évolution des besoins environnementaux à long terme, nous « emportons » notre mode de vie avec nous, bien que le respect de limites écologiques nous oblige à y apporter certaines corrections.

En concédant aux générations futures un droit égal aux ressources finies, ou en organisant une durabilité du développement, nous cherchons à prévenir un écroulement de la civilisation induit par une crise environnementale. Ainsi, la justice entre les générations ne répond pas uniquement à un désir de justice, elle sert aussi à assurer une survie. Ce motif est-il capable de servir d’argument, et en quels termes ?

Il ne s’agit pas en premier lieu d’une question normative (l’humanité devrait-elle survivre ? Visser’t Hooft   pense que si la justice nous prescrit le juste traitement des générations futures, elle n’exige pas qu’il y ait des générations futures), mais cela est en rapport avec le sens de la vie. En effet, une croyance implicite en la perpétuité de la présence humaine sur Terre contribue par beaucoup d’aspects à ce qui nous persuade que la vie vaut la peine d’être vécue. La justice entre les générations nourrit ce besoin présent de confiance en la perpétuation de la vie humaine sur Terre dans de bonnes conditions.

Nos soucis concernant le futur reflètent l’intérêt fondamental que nous avons à être capables d’insérer les moyens grâce auxquels nous vivons dans un cadre qui dépasse nos propres vies. Fonder une famille, contribuer au développement de la science présuppose une confiance dans les personnes futures vis-à-vis du maintien des valeurs auxquelles nous adhérons. Nous voulons avoir des enfants pour avoir un futur.

[…]

En effet, si les bases philosophiques de la justice distributive intergénérationnelle sont peu claires, le catastrophisme et la chaîne d’obligations intergénérationnelles se heurtent à l’obstacle redoutable de l’évaluation (scénario du pire pour l’un, héritage pour l’autre). Par exemple, comment évaluer l’héritage, et quel est le degré de substituabilité entre les différents biens ? Beaucoup de « mesures » de l’héritage ont été proposées, depuis la notion « objective » de ressources, jusqu’à celle subjective de bien-être, en passant par les opportunités de bien-être ou les bases productives.

L’utilisation de critères subjectifs pose problème, au sens où l’héritage sera évalué selon les préférences d’une seule génération.

[…]dans un monde où les préoccupations vis-à-vis des générations futures ne cessent de gagner en importance, elles peuvent jouer le rôle irremplaçable de phares guidant les hommes dans le brouillard moral et les aidant, au moins, à démasquer les contradictions nombreuses parmi les invocations désormais rituelles des droits des générations futures.

Extrait d’un texte : annales des mines janvier 2006

Pour poursuivre la lecture, rendez-vous ici http://www.annales.org/re/2006/re41/huteau.pdf

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