Un regain d’intérêt pour le Placenta

 

Autrefois, le placenta était doté d’une forte valeur symbolique. Il était respecté et lié à différents rituels. Jusqu’au milieu du XXème siècle, les femmes accouchaient hors milieux hospitaliers. Le traitement du placenta était alors lié aux coutumes et croyances qui entouraient la naissance.

Aujourd’hui, la majorité des accouchements a lieu à l’hôpital. Petit à petit, le placenta a perdu de sa valeur symbolique et dans la plupart des hôpitaux, il est simplement incinéré car considéré comme un déchet organique. Cette disparition des rituels et croyances entourant le placenta semble donc être liée à l’évolution de l’environnement de la naissance. Depuis que les femmes accouchent couchée sur le dos, elles n’ont plus la possibilité de voir le placenta, ce qui peut entraîner une perte d’intérêt de ce qu’il en adviendra. En milieu hospitalier, les couples n’ont pas à se préoccuper du placenta et de ce qui en sera fait. À force de voir le placenta comme étant une entité négligeable et même menaçante, il finit par générer un certain dégoût auprès des parents.

Cependant, il existe chez les femmes qui accouchent à domicile un regain d’intérêt pour le placenta et les rituels qui y sont associés. Lorsque l’accouchement a lieu à la maison, les parents sont obligés de se soucier du placenta et de son élimination. Souvent, pour ces parents, il y a une réflexion quant à sa signification et, de ce fait, il est plus difficile de le considérer comme un simple déchet.

Aujourd’hui, nous vivons dans une société de contrôle, de planification. Le rythme de vie y est rapide. La tendance actuelle est de réduire l’accouchement à un phénomène biologique avec un certain nombre de risques à prévenir et des protocoles à respecter. Le processus de la naissance est très surveillé et les femmes ont perdu leur puissance à donner la vie. Le côté humain et sacré de la naissance s’est peu à peu perdu. Je suis persuadée que la manière dont les couples attendent la venue de leur bébé ainsi que le déroulement de l’accouchement aura une influence sur leur rôle de parents et les relations créés entre eux et leur enfant.

Traditionnellement, les rituels étaient essentiellement d’ordre religieux et permettaient de marquer les étapes importantes de la vie comme la naissance, l’adolescence, le mariage et la mort. Les religions offrent une structure apaisante et soutenante à la personne qui y adhère. Il y a toute une communauté autour de la personne qui vit une étape marquante et ainsi son sentiment d’appartenance est fort. En effet, le rite lie l’individu à sa collectivité et inversement. Le rituel religieux avait également un aspect obligatoire.

douleur

Dans notre société moderne, il y a un affaiblissement des rituels religieux. Pourtant, l’humain a besoin de rites. Les personnes incroyantes se retrouvent souvent seules face aux nouvelles étapes de la vie et doivent donc trouver en elles-mêmes les ressources leur permettant d’affronter chaque nouveau passage de leur existence. Les rites permettent, en outre, la séparation. L’anthropologue français, Arnold Van Gennep, a mis en évidence une structure universelle des rites de passages. Il parle de trois étapes :

  • soit la séparation de l’état antérieur,
  • la marginalisation et
  • l’agrégation à un état supérieur.

Ces trois phases nomment bien, à mon sens, ce qu’un individu traverse lors d’un nouveau passage de vie. Il y a une notion de séparation avec ce qui était et, finalement, l’évolution vers un nouvel état.

À travers les rites, la société et ses normes sont reproduites mais en ayant une mise en scène, une approche théâtrale. Les gestes symboliques et les paroles leur confèrent une structure. En supprimant peu à peu les rites dans nos sociétés modernes, nous avons perdu également le côté sacré, la symbolique et la spiritualité dans nos vies quotidiennes. Il en découle ainsi un isolement.

La naissance n’échappe pas à l’affaiblissement des rituels. Autrefois, le rite le plus important et le plus typique (du moins dans les pays chrétiens) était le baptême du nouveau-né. Âgé d’à peine quelques jours, l’enfant était baptisé, parfois même sans la présence de la mère car elle n’avait pas encore passé la période des relevailles. Ce rituel représentait l’entrée de l’enfant dans la communauté villageoise. Aujourd’hui, ce passage devient rare et a complétement perdu son côté obligatoire.

Dans beaucoup d’autres cultures cependant, il existe encore des rites qui accompagnent la femme enceinte et son statut si particulier. Ces rituels ponctuent tous les passages de la maternité, de la conception aux relevailles.

Extrait de :  Rites et croyances autour du PLACENTA par Florence Bulliard Salgat

 

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