Égalité et liberté dans les Ecoles

La pluie sur une terre desséchée est un bienfait extraordinaire, n’est-il pas vrai ?

Elle lave les feuilles et rafraîchit la terre. Et je crois que nous devrions tous nous laver totalement l’esprit, comme les arbres sont lavés par la pluie, car notre esprit est lourdement chargé de la poussière des nombreux siècles passés, la poussière de ce qu’on appelle les connaissances, l’expérience. Si vous et moi pouvions purifier notre esprit chaque jour, le libérer des réminiscences de la veille, chacun de nous aurait alors un esprit frais, capable de faire face aux nombreux problèmes de l’existence.

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L’un des grands problèmes qui perturbent le monde est celui de l’égalité. En un sens, l’égalité n’existe pas, car nous avons tous de nombreuses aptitudes différentes ; mais nous parlons de l’égalité au sens où tous les hommes devraient être traités de manière identique. A l’école, par exemple, les postes de principal, de professeur ou de coordinateur ne sont que des fonctions professionnelles, un métier ; mais certaines fonctions, certains métiers vont de pair avec un certain statut social, et ce statut est respecté parce qu’il implique un pouvoir, un prestige, cela veut dire qu’on est en  position de sélectionner les gens, de leur donner des ordres, d’attribuer des postes aux amis et aux membres de sa famille. Fonction et statut vont de pair. Mais si l’on pouvait éliminer toute notion de statut social, de pouvoir, d’influence, de prestige, de privilèges distribués, la fonction prendrait un tout autre sens, n’est-ce pas? Dans ce cas, qu’il soit gouverneur, Premier ministre, cuisinier ou simple instituteur, chacun serait traité avec le même respect puisque chacun assume une fonction différente mais indispensable à la société.

Savez-vous ce qui se passerait, tout particulièrement dans une école, si l’on pouvait réellement ôter à la fonction toute connotation de pouvoir, d’influence, de prestige – ce sentiment qui fait dire: « Je suis proviseur, donc je suis important » ? Nous vivrions tous dans une atmosphère tout à fait différente, n’est-ce pas ? Il n’y aurait pas d’autorité au sens d’une distinction entre le haut et le bas, entre l’homme important et l’homme modeste, et la liberté régnerait. Et il est essentiel pour nous de créer cette atmosphère au sein de l’école, une atmosphère de liberté où l’amour soit présent, où chacun ait un immense sentiment de confiance ; car en fait la confiance naît lorsqu’on se sent parfaitement à l’aise, totalement rassuré.

Vous sentez-vous à l’aise chez vous si votre père, votre mère et votre grand-mère ne cessent de vous dire ce qu’il faut faire, de sorte que vous perdez peu à peu toute confiance de pouvoir agir seul ? En grandissant, vous devez être capables de discuter, de découvrir ce que vous estimez vrai, et de tenir bon. Vous devez être capables de soutenir ce que vous pensez être juste, même si cela est source de douleur, de souffrances, de pertes d’argent, et j’en passe ; mais pour y parvenir, vous devez, dès votre plus jeune âge, vous sentir complètement rassurés et à l’aise.

La plupart des jeunes ne se sentent pas en sécurité car ils ont peur. Peur de leurs aînés, de leurs professeurs, de surs père et mère, ils ne se sentent donc jamais à l’aise. Mais lorsque vous vous sentez vraiment bien, il se passe quelque chose de très étrange. Lorsque vous pouvez aller dans votre chambre, en fermer la porte à clé, et y rester seul sans que quiconque le remarque, sans que quiconque vous dise ce que vous avez à faire, cela vous sécurise complètement ; vous commencez à vous épanouir, à comprendre, à vous révéler. Vous aider à vous révéler : telle est la fonction de l’éducation, et si l’école ne contribue pas à vous révéler, ;e n’est pas du tout une école.

Lorsqu’on se sent bien quelque part, au sens où l’on se sent en sécurité, et pas  rabaissé, pas contraint de faire telle ou telle chose, lorsqu’on se sent très heureux, complètement à l’aise, alors on n’est pas méchant, n’est-ce pas? quand on est vraiment heureux, on n’a pas envie de faire du mal à qui que ce soit ni de détruire quoi que ce soit. Mais faire en sorte que l’élève soit parfaitement heureux est une tâche extrêmement difficile, car l’enfant vient à l’école avec l’idée que le directeur, les professeurs et les surveillants vont lui imposer des choses et lui donner des ordres, d’où un sentiment de peur.

Vous venez pour la plupart de familles ou d’écoles dans lesquelles on vous a enseigné le respect du statut social. Votre père et votre mère jouissent d’un certain statut, le directeur aussi, vous arrivez donc ici en étant craintifs, et respectueux de ce statut. Mais nous devons créer au sein de l’école une véritable atmosphère de liberté, et cela n’est possible que si la fonction est dissociée du statut, et qu’il existe donc un  sentiment d’égalité. La vraie préoccupation d’une éducation authentique est de contribuer à faire de chacun de vous un être humain plein de vitalité et de sensibilité, sans peur et sans faux sentiment de respect lié à un statut quelconque.

QUESTION : Pourquoi prenons-nous plaisir à faire du sport et pas à étudier?

Khrishnamurti Jiddu

KRISHNAMURTI : Pour la raison toute simple que vos professeurs ne savent pas enseigner. C’est tout, la raison n’est pas plus compliquée que cela. En effet, si un professeur aime les mathématiques, ou l’histoire, ou la matière qu’il enseigne, quelle qu’elle soit, vous l’aimerez aussi, car l’amour est communicatif. Vous le savez, n’est-ce pas ? Si un musicien adore chanter et qu’il chante de tout son être, ce sentiment ne se communique-t-il pas à vous qui écoutez ? Vous avez l’impression que vous aussi, vous aimeriez apprendre à chanter. Mais la plupart des enseignants n’aiment pas la matière qu’ils enseignent, c’est devenu une routine ennuyeuse à laquelle ils doivent se plier pour gagner leur vie. Si vos professeurs aimaient vraiment enseigner, savez-vous ce qui se passerait ? Vous seriez des êtres humains extraordinaires. Vous aimeriez non seulement le sport et vos études mais aussi les fleurs, le fleuve, les oiseaux, la terre, parce que vous auriez cette vibration dans le coeur ; et vous apprendriez beaucoup plus vite, votre esprit serait excellent et pas médiocre. Voilà pourquoi il est essentiel d’éduquer celui qui éduque, ce qui est très difficile parce que les enseignants sont déjà bien ancrés dans leurs habitudes.

Mais l’habitude ne pèse pas aussi lourd chez les jeunes, et si vous aimez ne serait-ce qu’une seule discipline pour elle-même – si vous aimez vraiment votre sport favori, ou les mathématiques, l’histoire, la peinture ou le chant -, vous vous apercevrez qu’intellectuellement vous êtes plein de vivacité,  d’énergie, et vous serez bon dans toutes vos études. En définitive, l’esprit a envie d’explorer, de savoir, car il est curieux ;  mais cette curiosité est détruite par une éducation faussée.

Ce n’est donc pas seulement l’élève ou l’étudiant qui doivent être éduqués, mais aussi le professeur. La vie est en soi un processus d’éducation, un processus  d’apprentissage. Les examens finissent un jour, mais on ne cesse jamais d’apprendre, et tout peut être prétexte à apprendre si vous avez l’esprit vif et curieux.

QUESTION : Vous avez dit que le fait de voir la nocivité d’une chose la faisait cesser. Je constate quotidiennement les méfaits du tabac, et le tabagisme persiste.

KRISHNAMURTI : Avez-vous déjà observé des adultes en train de fumer, qu’il s’agisse de vos parents, de vos professeurs, de vos voisins ou d’autres encore? C’est devenu chez eux une habitude, n’est-ce pas? Ils continuent à fumer jour après jour, tout au long de l’année, et ils sont devenus esclaves de cette habitude. Nombre d’entre  eux se rendent compte que cet esclavage est stupide, et ils luttent pour se défaire de cette habitude à grand renfort de discipline, ils lui résistent, ils tentent par toutes sortes de moyens de s’en débarrasser. Mais, voyez-vous, l’habitude est un poids mort, une action devenue automatique, et plus on la combat, plus on la renforce. En revanche, si le fumeur prend conscience de son habitude, s’il est attentif à chaque geste: la main qu’on porte à la poche, la cigarette qu’on tire du paquet, qu’on tapote, qu’on met à la bouche, qu’on allume, puis la première bouffée – si chaque fois qu’il accomplit ce rituel il ne fait que l’observer sans le condamner, sans se dire que c’est affreux de fumer, alors il cesse de renforcer cette habitude particulière. Mais pour renoncer pour de bon à ce qui est devenu une habitude, il faut pousser beaucoup plus loin l’investigation, c’est-à-dire creuser la question de savoir pourquoi l’esprit cultive l’habitude – autrement dit, pourquoi il est inattentif. Si vous vous lavez les dents tous les jours tout en regardant par la fenêtre, cela devient une habitude ; mais si vous vous lavez toujours les dents avec le plus grand soin, en y mettant toute votre attention, alors cela ne devient pas une habitude, un geste machinal que l’on répète sans même y penser.

Faites l’expérience : observez comment l’esprit cherche à s’endormir dans les habitudes et à éviter le moindre dérangement. L’esprit de la plupart des gens est prisonnier de l’habitude, et les choses empirent avec l’âge. Vous avez sans doute déjà contracté quantité d’habitudes. Vous avez peur de ce qui se passera si vous ne faites pas ce que vous disent vos parents, si vous ne vous mariez pas selon les voeux de votre père: votre esprit fonctionne donc déjà de manière routinière, et dès lors que vous suivez les rails de la routine, même si vous n’avez que dix ou quinze ans, vous êtes déjà vieux et délabré intérieurement. Certes, vous pouvez avoir un corps solide, mais cela ne suffit pas. Certes, votre corps peut être jeune et bien droit, mais votre esprit croule sous, son propre poids.

Il est donc capital de comprendre en détail la raison pour laquelle l’esprit s’engonce dans les habitudes, suit des sillons routiniers, des rails tout tracés comme ceux d’un tramway, et a peur d’explorer les choses, de les remettre en question. Si vous dites: « Mon père est sikh, donc je suis sikh et je vais me laisser pousser les cheveux et porter un turban » – si vous dites cela sans vous poser de questions, sans rien remettre en cause, sans songer à rompre avec tout cela, dans ce cas vous êtes comme une machine. Fumer fait également de vous une machine, un esclave de l’habitude, et ce n’est qu’une fois que vous avez compris tout cela que l’esprit devient frais, jeune, actif, vivant, de sorte que chaque jour est un jour nouveau, chaque aube reflétée dans l’eau du fleuve est un spectacle qui réjouit la vue.

Extrait Chapitre 13 – Le Sens du Bonheur 1963, Editions Fr.Loisir 1986

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer l’auteur, les sources, et le site de Francesca : https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/  

 

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