Le problème qui se pose face à la Liberté

On entend beaucoup parler de liberté, de liberté religieuse et de la liberté d’agir à sa guise. De nombreux ouvrages ont été écrits à ce sujet par des spécialistes. Mais je crois que nous pouvons aborder la question de manière très simple et très directe, et peut-être cela nous apportera-t-il la véritable solution.

Pour observer, pour regarder, pour être pleinement attentif à ce qui est beau, votre esprit doit être libre de toute préoccupation, n’est-ce pas ? Il ne doit pas être accaparé par des problèmes, des soucis, des spéculations. Ce n’est que lorsque votre esprit est très calme et silencieux que vous pouvez réellement observer, car alors il est sensible à la beauté extraordinaire ; peut-être tenons-nous là une des clés de notre problème de liberté.

enfant par la main

En effet, que signifie être libre ? La liberté consiste-t-elle à faire ce qui vous plaît, à aller où bon vous semble, à penser à votre guise ? De toute façon, c’est ce que vous faites. La liberté est-elle simplement synonyme d’indépendance ? Bien des gens dans le monde sont indépendants, mais très peu sont libres. La liberté suppose une grande intelligence, ne croyez-vous pas ? Etre libre, c’est être intelligent, mais l’intelligence ne naît pas simplement du désir d’être libre ; elle ne peut voir le jour que lorsque vous commencez à comprendre l’ensemble de votre environnement, les influences sociales et religieuses, celle des parents et de la tradition, qui vous enserrent perpétuellement. Mais pour comprendre ces diverses influences – celles de vos parents, de votre gouvernement, de la société, de la culture dans laquelle vous baignez, de vos croyances, de vos dieux et de vos superstitions, de la tradition à laquelle vous vous pliez sans même y songer – pour comprendre toutes ces influences et vous en libérer, il faut une intense lucidité, mais en général vous cédez à ces pressions parce que, au fond de vous, vous avez peur.

Vous avez peur de ne pas réussir dans la vie, peur de ce que dira votre voisin, peur de vous écarter des traditions, peur de ne pas agir comme il faut ; Mais la liberté est en réalité un état d’esprit dans lequel n’entre ni peur, ni contrainte, ni désir de sécurité.

Ce désir d’être en sécurité, ne l’éprouvons-nous pas tous ou presque ? N’avons-nous pas envie d’entendre dire à quel point nous sommes merveilleux, beaux, ou extraordinairement intelligents ? Si tel n’était le cas, nous ne ferions pas figurer à la suite de notre nom les sigles de nos titres et diplômes. Ce genre de pratique nous donne de l’assurance, un sentiment d’importance ; nous voulons tous être célèbres ; or, dès l’instant où nous désirons être quelque chose, nous cessons d’être libres.

Percevez bien cela, car c’est la véritable clef de la compréhension de ce problème de liberté. Que ce soit dans la sphère des hommes politiques, du pouvoir, de l’influence et de l’autorité, ou dans la sphère prétendument spirituelle, où l’on aspire à être vertueux, noble, saint, dès lors que vous voulez être quelqu’un, vous cessez d’être libre. Mais l’homme ou la femme qui voit l’absurdité de toutes ces attitudes, dont le cœur est par conséquent innocent, et qui n’est donc pas animé du désir d’être quelqu’un – cette personne-là est libre. Si vous comprenez la simplicité de la démarche, vous en verrez aussi la beauté et la profondeur extraordinaires.

Après tout, les examens n’ont d’autre but que de vous donner accès à une situation, de faire de vous quelqu’un. Les titres, le prestige social et le savoir vous incitent à être quelque chose. N’avez-vous pas remarqué que vos parents et vos professeurs vous disent que vous devez devenir quelqu’un dans la vie, réussir comme votre oncle ou votre grand-père ? A moins que vous n’essayiez d’imiter l’exemple d’un héros, d’être à l’image des Maîtres, des saints ; vous n’êtes donc jamais libre. Que vous suiviez l’exemple d’un Maître, d’un saint, d’un professeur, d’un parent ou que vous restiez fidèles à une tradition particulière, tout cela sous-entend de votre part l’exigence d’être quelque chose, et ce n’est que lorsque vous comprenez raiment ce fait que la liberté est là.

L’éducation a donc pour fonction de vous aider dès votre plus tendre enfance à n’imiter personne, mais à être vous-même en permanence. Et c’est extrêmement difficile. Que vous soyez beau ou laid, que vous soyez envieux ou jaloux, soyez toujours ce que vous êtes, mais comprenez-le. Il est très difficile d’être soi-même, car vous pensez que ce que vous êtes est ignoble et que, si seulement vous pouviez changer cela en quelque chose de noble, ce serait merveilleux ; mais cela n’arrive jamais. Si au contraire vous regardez en face ce que vous êtes vraiment et que vous le comprenez, alors cette compréhension même provoque une transformation. La liberté ne consiste donc pas  vouloir devenir autre, ni à faire tout ce que vous pouvez avoir envie de faire, ni à vous soumettre à l’autorité de la tradition, de vos parents ou de votre gourou, mais à comprendre ce que vous êtes d’instant en instant. Or, votre éducation ne vous prépare pas à cela ; elle vous encourage à devenir ceci ou cela – mais la connaissance de soi, c’est autre chose.

Votre « moi » est très complexe, ce n’est pas simplement cette entité qui va à l’école, qui se dispute, qui joue, qui a peur, c’est aussi quelque chose de plus secret, de moins évident. Ce « moi » est fait non seulement de toutes les pensées qui vous traversent, mais aussi de toutes les notions qui ont été imprimées dans votre esprit par les autres, par  des livres, par les journaux, par vos leaders, et il n’est possible de comprendre tout cela que si vous n’éprouvez pas le désir d’être quelqu’un, que si vous n’imitez pas, si vous ne vous conformez pas, mais si au contraire vous êtes en révolte contre toute cette tradition consistant à vouloir devenir quelqu’un. Là est la seule vraie révolution, qui mène à une extraordinaire liberté. Cultiver cette liberté est le rôle véritable de l’éducation.

Vos parents, vos professeurs et vos propres désirs vous poussent à vous identifier à une chose ou à une autre afin d‘être heureux, d’être rassuré. Mais, pour être intelligent, ne faut-il pas vous dégager de toutes les influences qui vous asservissent et vous broient ?

L’espoir d’un monde nouveau repose sur ceux d’entre vous qui commencent à voir où est le faux et se révoltent contre cet état de fait, non seulement en paroles, mais en actes. Voilà pourquoi vous devez aspirer à une éducation vraie ; car ce n’est qu’en grandissant dans la liberté que vous pourrez créer un monde nouveau qui ne soit pas fondé sur la tradition ou modelé en fonction des critères propres à quelque philosophe ou quelque idéaliste. Mais il ne peut y avoir de liberté tant que vous cherchez uniquement à devenir quelqu’un ou à imiter un noble exemple. Un esprit qui se contente d’une explication est très superficiel, donc sans intelligence.

Un esprit intelligent est un esprit curieux, observateur, un esprit qui apprend, qui étudie. Il n’y a d’intelligence qu’en l’absence de peur, lorsqu’on est prêt à se rebeller, à braver tous les rouages de l’ordre social établi afin de découvrir la vérité sur la nature des choses ou sur toute autre question. L’intelligence n’est pas le savoir.

Un enfant apprendra à se connaître si l’environnement dans lequel il vit l’aide en se sens. Si les parents et les professeurs sont réellement convaincus que le jeune en question doit se découvrir lui-même, ils ne le forceront pas, mais ils créeront un environnement propice à la connaissance de soi. Si vous étiez intimement persuadé qu’il est capital pour un enfant de se découvrir lui-même et que c’est impossible s’il est sous l’emprise d’une autorité, ne contribueriez-vous pas à mettre en place l’environnement qui convient ? On en revient toujours à la même attitude : « Dites-moi ce qu’il faut faire, et je le ferai ». Nous ne disons jamais : « Travaillons ensemble sur la question ». Cette question de savoir comment créer un environnement au sien duquel l’enfant puisse accéder à la connaissance de soi concerne tout le monde : les parents, les professeurs et les enfants eux-mêmes. Mais la connaissance de soi ne saurait être imposée, ni la compréhension forcée ; et si ce problème a une importance vitale pour vous et pour moi, pour le parent et pour le professeur, alors tous ensemble nous créeront le type d’école approprié.

L’important, c’est que ceux d’entre vous qui s’occupent d’enfants ne leur imposent pas leurs propres idées fausses, leurs propres notions en matière de fantômes, par exemple, leurs propres idées, leurs propres expériences. C’est un travers très difficile à éviter, car les adultes parlent énormément de ces sujets superflus et sans importance dans la vie ; ils transmettent ainsi peu à peu aux enfants leurs propres angoisses, leurs peurs et leurs superstitions, et les enfants répètent tout naturellement ce qu’ils ont entendu. Il est essentiel que les adultes qui le plus souvent ignorent eux-mêmes tout de certains phénomènes, n’en parlent pas devant les enfants, mais contribuent au contraire à créer une atmosphère dans laquelle les enfants puissent grandir dans la liberté du choix et sans peur.

D

Extrait du livre chapitre 2 – le sens du Bonheur

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et d’en citer les sources   :   https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/

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