Les limites et les interdits à poser aux enfants

La problématique de la limite est à l’oeuvre dès la naissance. La psychanalyse de l’enfant nous a appris que le bébé, dans les semaines suivant sa naissance ne distingue pas monde intérieur et monde extérieur. L’un et l’autre sont identifiés comme un. La limite entre dehors et dedans n’est pas encore en place. C’est justement celle que Winnicott nomme la mère suffisamment bonne, qui, dans le cadre des soins maternels, va progressivement amener le bébé à créer une limite entre dehors et dedans.

En prenant pour exemple la situation de l’allaitement, l’auteur montre que le bébé, dans un premier temps, s’illusionne en prenant le sein (ou le biberon) de sa mère comme partie prenante de son propre corps. « Le sein est sous le contrôle magique de l’enfant ». Contrôle magique en ce sens, qu’au moment précis où, sous l’emprise de la faim, le bébé réclame, le sein arrive dans les meilleurs délais. C’est pourquoi, le bébé éprouve l’illusion que le sein de sa mère, c’est à dire le monde extérieur, fait partie de lui-même. Nous trouvons ici l’émergence de la première difficulté avec laquelle l’humain a à faire ; distinguer la limite entre dehors et dedans, entre monde extérieur et monde intérieur. Sans cette démarcation, l’aliénation est assurée. Dès la naissance, par conséquent, l’être humain est en butte à la question de la relation entre ce qui est perçu objectivement et ce qui est conçu subjectivement. L’individu pourra résoudre ce problème sainement si sa mère lui fait prendre un bon départ ».

La problématique de la limite émerge dès la naissance du petit Homme. Ce processus psychique consistant à distinguer dehors et dedans est déterminant pour la suite du développement. C’est avec le sevrage, définit comme un ensemble de frustration, que va progressivement s’installer cette limite, avec la création d’aires transitionnelles, d’objets transitionnels, et plus généralement des phénomènes transitionnels. Cette aire intermédiaire, indispensable à l’instauration d’une relation entre le bébé et le monde extérieur peut être entendue comme première limite en dehors et dedans.

enfant regard chez francesca

Une fois la limite entre dehors et dedans appréhendée, tout au moins sur le plan psychique, l’enfant, qu’il soit fille ou garçon, va connaître l’un des passages les plus tourmenté de sa vie : renoncer définitivement au souhait d’union avec le parent du sexe opposé sous le poids de la castration. Nouvelle limite que doit appréhender l’être humain. Dans ce sens, il existe une relation entre limite et interdit. Ici, et cela est nouveau dans la vie de l’enfant, l’interdit vient nommer (les mots) la limite. L’interdit est celui d’une union avec le parent du sexe opposé. Fixer la limite de ce qui est autorisé en matière de commerce sexuel est, pour l’essentiel, la mission de cet interdit. Parce qu’aucune société humaine ne s’est bâtie sans construire de puissants interdits visant à réglementer la vie sexuelle des Hommes, de cette première rencontre avec l’interdit, l’enfant va en garder des traces, au moins inconsciemment. Très généralement dévolu au père ou à l’homme (mais pas seulement dans bien des sociétés), la nomination de l’interdit va avoir pour premier effet de dévier les désirs de l’enfant vers des objets sociaux valorisés.

À travers la découverte freudienne du souhait d’union sexuel avec le parent du sexe opposé que connaît l’enfant, et de la nécessaire répression de ce désir, l’enfant appréhende de manière violente (l’angoisse de castration chez le garçon, le complexe de castration chez la fille) l’une des toutes premières limites qui lui soit imposée. Ce processus, ce passage de la vie, va marquer pour toujours le rapport du sujet à l’interdit et la limite. Limites et interdits sont ici source de bienveillance à l’égard de l’enfant. Ils barrent la route du champ des possibles, et oblige au renoncement pulsionnel. Ils permettent, en conséquence, qu’advienne un sujet tant social que psychique mature, capable de discerner interdits et limites. Sans cette limite clairement identifiée et intériorisée, les difficultés éducatives ne tardent à voir le jour. Quand le processus adolescent advient, ces mêmes difficultés deviennent alors parfois insurmontables nécessitant l’intervention de professionnels.

L’adolescence, en tant que processus plutôt que crise, pose de manière accrue la question de la limite et plus généralement de la prise de risque. À l’adolescence, la tâche fondamentale consiste à se démarquer, se débarrasser, d’images parentales encombrantes, et à s’engager vers une identité propre et non plus celle issue d’une enfance fortement marquée par les identifications à la sphère familiale rapprochée. Il est alors nécessaire à l’adolescent de transgresser normes et règles établies, de repousser les limites sociales, morales, mais aussi corporelles. Les conduites à risques trouvent leurs racines dans ce processus psychique complexe venant se heurter à l’état dans lequel le jeune trouve la société.

Mettant de côté les comportements relevant de la psychopathologie, la grande majorité de nos adolescents se porte bien. Pour autant, le processus adolescent avec sa cohorte de transgressions, de recherches des limites, de passages à l’acte interpelle la communauté des adultes chargés de les accompagner. Comme le précise P.G. Coslin, interpeller l’adolescent sur ses comportements, ses transgressions, ses actes d’incivilité, plus généralement sur la question de la limite « … visent, plus ou moins consciemment chez l’adolescent, à provoquer une réaction et a, en ce sens, valeur de communication dialectique, interactive ».

L’interpellation, la demande d’explication, l’obligation de rendre compte voilà bien l’une des positions éducatives les plus fécondes lorsque l’on s’adresse à un adolescent. Interpeller l’adolescent provoque toujours une réaction de sa part. C’est en cela que mettre des mots sur la recherche de limites chez l’adolescent, engage une communication, une interactivité indispensable à l’accompagnement d’un sujet en proie à de violents bouleversements. Dans le cas contraire, laissé le jeune seul face à ses dérives, sa recherche interne de limites, ses transgressions, comme tenter de réduire par la force son comportement est, dans le premier cas, interdire au sujet d’intégrer durablement ses limites et celles propres à toute société, dans le second, voué à l’échec.

On peut répartir en trois grandes catégories les positionnements qui permettront un traitement efficace de la violence : observer, comprendre et intervenir.

La première étape en cas de problèmes de comportement agressif est l’observation, car il faut comprendre ce qui s’est réellement passé avant d’être en mesure de réagir correctement. Le but est d’empêcher l’enfant de se comporter de façon agressive à l’égard des autres et de lui apprendre des formes d’interaction plus acceptables. Pour y arriver, il est essentiel d’apprendre à observer ce qui se produit avant, pendant et après un geste agressif. Un oeil exercé permet d’intervenir à temps pour prévenir un acte agressif ou de réagir adéquatement après coup. Il s’agit d’identifier correctement les agresseurs et les victimes, savoir exactement quel acte a été commis, connaître la fréquence des actes et le contexte dans lequel ils se produisent, y compris les actions des adultes et des autres enfants dans l’entourage susceptibles d’avoir un effet incitatif ou dissuasif sur l’enfant qui a commis l’acte d’agression.

image animée

Ressources documentaires

B.Welniarz (2006) « Les troubles du comportement chez l’enfant et l’adolescent » Revue perspectives psy n°45.

Castro Prairat (2010) « La sanction en éducation » Le journal des psychologues n°279

Marcelli, D. (2003). « L’enfant chef de la famille. L’autorité de l’infantile ». Paris : Albin Michel.

Robbes, B. (2009). « Violence : savoir analyser pour agir ». Cahiers pédagogiques, 477.

Chappaz G. (2004), « L’autorité en pannes… Entre besoin de soumettre et désir d’éduquer », Aix-Marseille, Université de Provence.

De Munck J. (2000), « Les métamorphoses de l’autorité », in Autrement, n°198, octobre.

Bourcier S. (2008) « L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans » Broché

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source   :   https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :