Un être sage qui a une âme

 Dans certaines sociétés, même actuellement, les parents – et tous les citoyens de cette société – considèrent les bébés comme des êtres si précieux (encore à demi-divins et donc pas encore entièrement humains) que les adultes doivent inventer toutes sortes de rituels pour inviter les bébés à avoir envie de rester sur Terre et de les garder près d’eux, dans leur nouvelle famille. Ils croient qu’il faut encourager cet Être à rester ici-bas puisqu’il lui est si facile de repartir, pas encore assez attaché à sa nouvelle vie humaine, à son habit terrestre, à sa famille, son groupe d’accueil, et parce que, aussi, la Terre n’est pas un endroit facile à apprivoiser. Ces parents croient qu’il faut inviter les bébés à rester en vie de toutes sortes de façons, et que les simples soins apportés à leur corps ne suffisent pas.

bébé feuille

Bien longtemps avant nos sociétés dites modernes, ces groupes ont compris que le bébé est un être qui a une âme, des émotions et des pensées, qu’il est infiniment sage et conscient et, surtout, qu’il dépasse largement son corps physique. En ce sens, les adultes de ces cultures que nous nous plaisons à qualifier de « sauvages », de « non-évolués » ou de « superstitieuses » ont prévu des rituels qui disent, en fait, à ce jeune enfant : « On a vraiment envie que tu restes parmi nous. On t’aime. Tu es cher à nos yeux. Tu es précieux en tant que personne. Ne pars pas s’il te plaît. » Certains prévoient ces rituels avant la naissance, d’autres après et d’autres les répètent pendant quelques mois (souvent jusqu’aux aliments solides ou aux premiers pas qui sont célébrés). À mon avis, la façon de le dire et de le démontrer, de même que les gestes de ces rituels ne sont pas importants. Ce qui importe le plus c’est le message et surtout la façon dont il est reçu – ou non – par cet être qui se tient sur le seuil de sa nouvelle vie.

Dernièrement j’ai visionné une magnifique vidéo (Bébés du monde) sur la façon dont les différents bébés de notre planète vivent leur arrivée dans leur propre milieu. On y parle, entre autres, de ce type de rituels. Ce que j’ai vu m’a particulièrement touchée parce que je m’y suis reconnue. Effectivement, un jour j’ai pu lever un voile qui cachait un pan de mon passé. Cela m’a permis de me rappeler ce que j’avais vécu en tant que nouveau-née. Cela s’est passé le plus simplement du monde : à l’âge adulte, pendant quelques minutes et de façon tout fait spontané, j’ai revécu des bribes non pas de ma naissance – pas cette fois-là en tout cas – mais plutôt comment j’avais vécu l’accueil que l’on m’avait fait au cours des premières semaines après ma naissance. J’ai ressenti ce que j’avais éprouvé physiquement et psychiquement (émotionnellement, psychologiquement, énergétiquement) au cours des premières heures, jours et semaines après ma naissance.

Débuter sa vie de parents n’est pas toujours un moment joyeux. Ce sentiment vient souvent avec le temps. Il s’installe avec l’adaptation qui nécessite un petit moment : quelques heures ou quelques semaines, tout dépendamment de chaque parent-en-devenir. Il est question ici d’un « oui » parental qu’il faut assumer consciemment. Tant de parents-en-devenir vivent la grossesse comme s’il ne se passait rien. Ils s’évertuent à poursuivre leur vie comme avant, niant et refoulant ces intenses émotions et pensées qui accompagnent inévitablement cette nouvelle étape de vie, souvent exigeante mais toujours initiatique.

L'enfant chez francesca

Si vous avez décidé ou accepté ce mandat, il faut aussi l’assumer pleinement. Ce « oui » que vous avez dit à votre enfant au moment de sa conception et ce « oui » que vous lui avez redit encore un peu plus tard au moment où vous avez accepté de poursuivre la grossesse (même si ce deuxième « oui » a été inconscient) doit prendre une forme encore plus concrète envers l’enfant lui-même par ces mots qu’il a besoin que vous lui adressiez directement : « Oui, on souhaite que tu restes ».

Au moment de ce processus de grande transition qu’est d’abord sa conception, puis sa gestation et encore sa naissance et enfin ses premières semaines postnatales, l’enfant a besoin de se sentir soutenu avec amour. Il a besoin que vous lui faisiez une place non seulement dans votre ventre, dans vos bras ou dans votre maison, mais surtout dans votre vie et dans votre cœur.

Bien sûr, pour vous, cette période d’adaptation pré et/ou postnatale n’est peut-être pas facile – tant pendant la grossesse qu’au cours des premiers jours – surtout s’il s’agit de votre premier enfant, mais savoir que ça ne l’est peut-être pas non plus pour cet être en train de s’incarner peut vous permettre de le soutenir lui aussi tout en allant chercher un accompagnement pour vous-même au besoin (accompagnante, sage-femme, doulas pré et postnatale, thérapeute, etc.).

Grandir en équipe…

À la naissance de votre premier enfant, d’adulte vous devenez officiellement parent. D’enfant de vos propres parents, vous passez au statut de mère/père à votre tour. Quelle belle étape de vie ! Mais « devenir » parent est un processus qui ne se fait pas du jour au lendemain, ni parfois sans quelques heurts. Ce cheminement qui a débuté dès le désir d’enfant (souvent inconscient), parfois plusieurs années avant sa conception concrète et qui s’est poursuivi durant toute la grossesse, ne s’arrête pas dès que l’enfant naît. Cette démarche de parent-en-devenir, consciente ou non, va faire son chemin durant encore plusieurs mois. Et comme l’enfant qui grandit, vous allez grandir vous aussi, en traversant de saines crises d’identité. Il en est de même pour votre bébé. À votre insu, il a une vie intérieure très riche qui a besoin d’accompagnement conscient, parfois aussi d’encouragements et bien sûr aussi de beaucoup d’amour.

Une suite de découvertes…

tout au long de sa vieL’enfant, tout au long de sa vie, nous fait explorer des dimensions de nous-mêmes, de nos proches, de l’incarnation et de la Vie. Cela commence dès les premiers jours de la grossesse qui prennent l’allure, avec ce nouvel arrivant, d’une suite de découvertes… parfois surprenantes, mais tellement constructives ! Même si cela se passe à l’insu des parents-en-devenir, la conception est une véritable retrouvaille pour l’enfant et ses parents. Vous vous êtes « attendus » mutuellement pendant si longtemps ! La joie habille habituellement les cœurs et les âmes même si les formes/ego/personnalités, elles, sont peut-être encore sous le choc, vivent du doute et/ou une remise en question de ce qui (et de qui) se présente à eux. Ce début de grossesse n’est peut-être pas exactement le reflet exact de ce que vous aviez imaginé.

Cette période – qui s’étale de la préconception jusqu’à plusieurs mois postnatals –représentent la face cachée de la parentalité. Par le passé, vous aviez peut-être pensé qu’un jour vous deviendriez parent. La réalité est peut-être tout autre maintenant, alors que cela est en train de vous arriver pour vrai. L’enfant réel, là dans votre ventre ou dans vos bras réveille en vous des émotions indéfinissables, des blessures, des peurs. Cela ne ressemble pas du tout à toute cette allégresse qui est supposée accompagner l’arrivée d’un nouveau bébé, qu’il soit le premier ou non.

Commencer sa vie de parent par un deuil n’est pas ce dont on parle généralement dans les livres et pourtant cette prise de conscience est parfois nécessaire pour bâtir la relation avec votre enfant réel qui demande à être reconnu pour qui il est vraiment au-delà de votre imaginaire, de vos attentes et de vos images intérieures. Toute la conscience et tout le soutien que vous vous procurerez pour vous-mêmes, vous permettront d’accompagner, en retour, votre enfant qui, lui aussi, en a besoin pour faire face à ses nouveaux défis qui sont nombreux.

Fatigue et impuissance…

Accueillir un nouvel être dans sa vie est bouleversant et c’est normal de se sentir bousculé parce que, au fond de vous, vous savez que vous accueillez une âme. Consciemment ou non, vous mesurez à quel point cet être dépend de vous et, pas seulement au plan physique. Vous qui vous sentez bien souvent vous-même si démuni et si impuissant, devrez soutenir quelqu’un d’autre en plus. Ces larmes, cette fatigue, et même quelques regrets inavoués – et inavouables pensez-vous ! – qui vous paralysent sont peut-être en train de vous parler des deuils sains et de bien d’autres émotions à apaiser et de pensées inconfortables à corriger. Osez les rencontrer et les mettre en mots, seul ou accompagné. Cet exercice apaise et libérera l’énergie occupée à refouler les sentiments que l’on n’ose regarder.

Avancer sur une route, c’est aller à la rencontre de nouveaux paysages, mais c’est aussi en laisser d’autres derrière soi. Un premier-né annonce des changements profonds qui touchent plusieurs sphères de la vie : celle de l’intimité, de la vie de couple, sociale, professionnelle, familiale et personnelle… et aussi votre âme. Des questions existentielles émergent et vous bousculent sainement. Apprivoiser les nouvelles responsabilités de parent peut se teinter de l’enthousiasme d’une nouvelle aventure qui commence ou des couleurs sombres de trop nombreuses histoires inachevées. Douloureuses parce qu’inachevées.

Prendre le temps de les accueillir, de les nommer afin de les clore en beauté ravive l’énergie pour aborder ce nouveau continent de la parentalité. Aider aussi cet être qui est en train d’arriver à nommer lui aussi ce qui reste en suspend de ses passés, ses objectifs, ses besoins, l’aidera à se poser plus facilement. Parfois, lorsque la souffrance prend plus de place que le « oui », accepter une aide occasionnelle, de la part de gens aimants de votre entourage ou de la part de professionnels, pourra faire toute une différence pour soutenir vos efforts… et ceux de votre enfant qui, à sa façon, essaie d’exprimer ce qui entrave votre cheminement et le sien. Lui aussi travaille très fort en ce début de vie.

En bien des endroits sur la planète, actuellement et depuis que le monde est monde, après un accouchement et parfois aussi dès le début de la grossesse, les liens se resserrent d’une façon très concrète autour de la nouvelle mère et de son enfant. Accueillir ou demander du soutien, peu en importe la forme, est une belle façon de dire son amour à cet être qui vient juste d’arriver dans sa nouvelle demeure et qui a besoin qu’on lui dise, peu importe la manière : « S’il te plaît, reste avec nous. » Laissez-vous inspirer pour inventer des gestes et des paroles pour le lui dire. Il vous le rendra au centuple.

Extrait de Brigitte Denis : Consultante périnatale, Montréal – Canada
Auteur du livre : « 
La Parole Au Bébé« , éditions Le Dauphin Blanc 

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source   :   https://prendresoindenosenfantsquantiques.wordpress.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :